[AH encore du Mesguich ! diront les mauvaises langues (ou les bonnes tout dépend du ton qu'on emploie)]
Primo : C'est bouillonnant. Ca fuse de partout. Ca tabasse.
Bon après, c'est du Mesguich tout craché. Oui mais. Oui justement.
Ma foi, c'est toujours trèèèèèèèèèès excitant à suivre et à vivre (oui moâ je vis le théââââtre). Oui j'ai adoré encore une fois.
Qui est là ?
C'est sur cette question prononcée par une voix profonde (je ronronne de plaisir rien qu'à l'entendre car oui c'est Daniel (the metteur en scène) qui la pose cette question, plusieurs fois) que débute la débâcle.
La première image sur laquelle le rideau s'ouvre, c'est celle d'un banquet joyeux, ça rigole et ça picole sévère et à l'écart, prenant garde à se tenir éloigné de la fiesta qui se trame mais pas trop, un blondinet en noir qui fait la tronche en jouant du pied avec un ballon. Car oui, Hamlet tire la tronche et il a ses raisons. Son papounet a passé l'arme à gauche voilà deux mois et sa mamounette vient de se remarier avec son oncle, le frère de son père qui...attendez...oui c'est ça, Claudius a donc épousé sa belle soeur. Bref, inconsolable le Hamlet. Sauf que, la mélancolie va virer à la folie et ça va pas arranger les choses.
Retenons donc la dinguerie enfantine de cet Hamlet qui taquine la baballe du pied (ouhou le joli clin d'oeil ) dans son coin, le personnage tout en démesure de Polonius sorte de Louis XIV d'opérette presque Fellinien voire Mnouchkinien (dur à prononcer n'est ce pas ?), la sobriété de la mise en scène [« parce que j'avais pas de sous » dixit Daniel] qui ne s'interdit pas les effets de miroir chers à notre metteur en scène favori (au sol comme à travers ce rideau de fils (qui ressort de son tiroir après La vie est un songe ?), le dédoublement (reflet) des personnages que j'ai aimé sur la scène de l'apparition, mais moins sur le ballet Ophélie/Hamlet, les deux espion(ne)s Rosencrantz et Guildenstern (putain mais j'adore ces noms !) Chevaliers d'Eon(s) emfraisés et classieux et surtout jumeaux, la fragilité touchante de Gertrude (eh ouais mille fois plus qu'Ophélie), Horatio carrément l'air de pas y toucher mais bon, on se doute que mossieur a une idée derrière la tête, les jeux de mots retrouvés par la traduction pleine de sonorités de Daniel, (qui précisons prend en charge la voix off d'Hamlet père puis de Fortinbras (oui je sais Shaky a dû s'éclater à trouver qui aura le nom le plus à coucher dehors) le Jeune), l'utilisation du rideau plein qui devient décor à part entière (the remparts puis the chapelle) mais aussi fiche les morts à la porte du spectacle (Polonius/Zbgniew Horroks qui se retrouve en bord de scène coincé et qui décide de quitter le costume pour partir par la salle, les comédiens engagés pour jouer devant la cour qui débarquent tels quels avec leur costume à la main puis le monologue du « Toubi or not toubi zatiszequestchieunne » en anglais pris en charge par le chef de troupe, théâtre dans le théâtre (avec l'interrogation d'Hamlet sur sa propre réplique qu'il doit sortir mais dont il ne se souvient plus très bien, mais aussi théâtre sur le théâtre quand tout se superpose (et la redite du monologue par Hamlet seul, en poursuite, le visage en lumière). Ces étranges marionnettes qui représentent le drame de Gonzague, sorte de Shadoks démesurés. Le délire avec le meurtre de Polonius, et le cadavre embarrassant, et ce Hamlet désespérément bléssé qui non content de rappeller à sa mère qu'elle est une connasse et une pute tient quand même à lui faire un bisou avant d'aller dormir, puis d'essayer de sortir le corps de la chambre sans y arriver (et de balancer le cadavre de Polonnius, [mé]pris pour Claudius, mort sur sa mère : sorte de viol macabre et scène terrifiante à la fois (imaginez vous coincé sous le poids d'un mec mort, vous rigolez moins hein...bon ceux que ça excite, vous sortez s'il vous plaît !), folie d'Ophélie (dédoublée), et noyade dans la baignoire (qui sait avec le réchauffement climatique, y a plus une rivière assez profonde...), constante question : est ce qu'il est dingue au point d'accuser son oncle d'un crime qu'il aurait lui même commis ? Comme Daniel le rappelle : rien ne nous dit le contraire dans la pièce. Les costumes sont mâgnifiques au demeurant, et le rôle du « prince du Danemark rachitique qui se pose sans arrêt des questions futiles avec une tête de mort dans les mains »1 sied comme un gant (rouge écarlate) à William (qui je dois dire n'arrête pas pendant les trois heures de courir partout, sauter, plonger, rouler (oui oui rouler) ) qui s'éclate comme un...fou. Parce que « c'est quand même l'histoire d'un type complètement givré » dira son metteur en scène de père. En même temps, il a dit tellement de trucs géniaux auxquels j'adhère complètement [comment ça pas objective ?] que j'ai failli en pleurer de dépit hum hum... Hamlet est un maelström (étymologiquement parlant) qui n'a pas d'autre solution de mener tous ses participants à la mort. [et puis c'est pratique ça évite les suites...]
Pix : Hamlet (c'est fou ce que j'aime cette photo "saisie sur le vif")
Crédits : Chantal Depagne-Palazon (C)
1Jean Michel Ribes, J'ai encore oublié Saint Louis, 2009











